Bénévole d'accompagnement
Bénévole
d'accompagnement / Soignant dans une structure médicalisée.
Cécile BEBIN, France Bénévolat Sarthe 2005
Ce texte a été écrit pour une
formation dans un contexte d’accompagnement de personnes handicapées. Il a été
préparé avec l'aide des éducateurs spécialisés de la structure. Le groupe a été
interrogé sur sa perception du rapport bénévole/professionnel. Quelles en sont
les principales difficultés mais aussi quels sont les avantages de cette
complémentarité. L'interrogation portera également sur le positionnement de
chacun dans la structure, son statut.
Les
solutions proposées :
Proposer
un atelier en petit groupe pour penser ce rapport entre bénévole et professionnels:
au moins un professionnel avec des bénévoles qui réfléchiront aux solutions à
mettre en place. Mise en commun des solutions apportées par le groupe.
Est-ce
que les bénévoles sont intégrés dans le projet d'établissement ?
Intégrer
le bénévole dans le projet d'équipe
Mettre
en place une convention et une charte des bénévoles
Présentation
de l'équipe des soignants (Organisation de temps de rencontre formel ou non
avec différents objectifs : se présenter, s'identifier, fidélisation et
régularité des passages, formation des bénévoles comme garants de leurs
compétences, connaissance des soins et de la loi, développer le sens du
discernement)
Donner
le choix aux patients et aux résidents de rencontrer ces bénévoles
Est-ce
que les handicapés sont préparés à cette venue ?
Organiser
des phases de bilan pour améliorer la gestion des bénévoles dans la structure:
accueil, utilisation des compétences…
Faire
pour, faire avec et laisser faire: posture d'accompagnement dont le bénévole ne
peut avoir conscience. Prévoir un temps de rencontre au préalable de la venue
du bénévole dans la structure pour préparer son intervention et son intégration
Le bénévole
doit être encadré et coordonné par l'association qui assure une supervision en
groupe de parole.
L'avenir
du monde associatif n'est pas d'opposer le salariat et le bénévolat, mais de
les conjuguer dans une vision de valorisation de tout le potentiel humain
associatif. La vie associative doit marcher sur ses deux jambes, et ceci doit
se traduire en termes de formation, et en termes de fonctionnement interne, de
gouvernance associative.
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Qu'est-ce
qu'un bénévole d'accompagnement?
D'un
point de vue sémantique, le terme de bénévolat vient de Bene "bien"
et Volo " je veux. Le bénévole est un bienveillant. Aucune définition (légale
ou conventionnelle) n’existe en droit français. Le bénévolat est une activité
libre, qui n’est encadrée par aucun statut. Mais il existe une définition, non
juridique, communément admise : Est bénévole toute personne qui s’engage
librement pour mener une action non salariée en direction d’autrui, en dehors
de son temps professionnel et familial (Avis du Conseil Economique et Social du
24 Février 1993).
Ainsi le
bénévole est par définition celui qui donne son temps pour le compte d'une
association ou d'un organisme sans but lucratif, sans rien recevoir en retour
d'autre que la simple gratification morale de la gratuité de son don. Or malgré
cette définition non juridique du bénévolat, cette notion reste encore floue.
L’INSEE
distingue traditionnellement les «bénévoles réguliers » et « les bénévoles
occasionnels ». Le CERPHI et France Bénévolat ont repris cette distinction :
- Le
"bénévole régulier" qui exercerait sans contrepartie une activité correspondant
à une fonction bien définie et continue que ce soit dans le domaine de
l'organisation générale ou que ce soit dans le développement d'une action de
l'association. Ce bénévole consacrerait à l'association au moins deux
heures
par semaine en moyenne annuelle.
- Le
"bénévole occasionnel" qui donnerait du temps à l'association à
laquelle il appartient, toujours sans contrepartie, sans forcément un rôle bien
défini et sans atteindre le seuil des deux heures hebdomadaires.
Cette
distinction ne doit pas introduire de hiérarchie de valeurs entre les catégories
de bénévoles. Il existe par ailleurs, en dehors du « bénévolat institué, le
plus souvent au sein des associations, un « bénévolat informel », de solidarité
de proximité direct. Ces définitions restent très abstraites si on s'en tient à
ces quelques lignes. Qu'est-ce alors un bénévole, et un bénévole dans une
structure comme la vôtre ? On peut donner des pistes, de multiples
caractéristiques pour un rôle unique. Ainsi le bénévole est :
Quelqu'un
qui écoute, assure une présence: une présence juste. Est disponible à l'autre,
discret, accessible, empathique.
Une
personne, formée, qui agit dans la gratuité et le don avec humanité. Représentant
de la société civile il amène avec lui le monde extérieur et peut être un lien
social évitant ainsi l'isolement.
Il
intervient de façon complémentaire au soignant, il est sans blouse
Un
relais: ni ami, ni soignant, ni famille, une oreille extérieure, une oreille
sur un tabouret
Apporter
un regard extérieur à la structure et changer le regard de l'éducateur
Quelqu'un
qui accompagne le résident dans sa vie sociale: il ne recouvre pas les mêmes
objectifs que le professionnel qui se situe dans le domaine du pédagogique, de
la santé…
Le
bénévolat est en somme une facette d'un prisme: grâce au regard de tous, à toutes
les facettes, le résident peut être mieux compris, appréhender dans toutes ses
facettes. Ainsi, si le cadre du bénévolat, son statut juridique, peut se
préciser, il semble que l'implication d'un bénévole dans une association, son
engagement reste à lui à définir. Définition qui n'est sans doute pas unique et
qui est modulable en fonction des structures. Cette réflexion doit donc être
menée dans l'association avec tous les partenaires qui la font vivre.
Y-a-t-il
des freins à l'intégration de bénévoles dans un service ?
La
question de l'intégration du bénévole dans une structure se pose de façon quotidienne.
En effet, il semble que le soignant et le bénévole ont différents statuts dans
une même structure. Selon Jean-Michel Vienne, professeur de philosophie, le
statut du soignant s'allie à la laïcité, celui de la famille à la communauté et
celui du bénévole à la globalité.
Le
soignant, figure représentative de l'objectivité est salarié. Ici,
l'objectivité peut s'entendre comme une certaine forme de neutralité. Le soignant
doit porter un regard objectif sur le soigné. Quelqu'un le paie, définit ses
compétences, ses missions et ses limites. Le soignant bénéficie de l'anonymat
dans sa fonction. Il n'est pas personnellement investit ce qui lui permet de se
déconnecter et d'avoir une vie personnelle autre que son vécu avec le malade.
Il partage la déontologie liée à sa profession ce qui lui assure une certaine
forme d'objectivité. Entre le pôle objectif et le pôle personnel du soigné, la
difficulté pour le soignant est de faire une synthèse entre l'objectif et le
subjectif puis d'effectuer la transition entre cette synthèse et la réalité sur
le terrain. Le risque pour le professionnel est d'appréhender le résident comme
un "cas médical" et de déshumaniser la personne.
La
famille figure représentative de la communauté. En effet si on s'appuie sur les
travaux de Max Weber (sociologue du 20ième siècle), la communauté serait fondée
sur des relations non rationnelles, sur le sentiment d'appartenir à une communauté.
Cette communauté pouvant se fonder sur n'importe quelle espèce de fondement
affectif, émotionnel ou traditionnel. Par exemple cela peut être une communauté
de frères, une communauté nationale ou bien un groupe uni par la camaraderie.
Le
bénévole est la figure représentative de la globalité. Quel est son droit à intervenir ? En terme de
bienveillance le bénévole "veut bien" intervenir auprès du résident
et cette volonté explicite un désir raisonné. Il vient à la rencontre de
l'autre parce qu'il en a envie, par son histoire, même si cela peut paraître suspect.
Ce sont deux histoires qui se rencontrent. Le bénévole d'accompagnement
présente au résident une autre réalité, une autre forme de réalité. La position
du bénévole, d'être au milieu, assure un certain rôle de catalyse, le patient
peut transférer sur le bénévole qui tentera de ne pas lui transmettre ses
propres souffrances. Le bénévole permet donc au maintien du statut de personne
celui qui est souffrant ou déficient. Le risque pour le bénévole est de
sur-investir cette relation jusqu'à en devenir fusionnelle.
Cette
distinction du rôle et/ou de la place du bénévole et du professionnel dans la structure
peut entraîner des difficultés dans l'intégration du bénévole. Ainsi, un
bénévole inconnu dans une structure peut apparaître comme hors du contexte et
sa philanthropie peut sembler parfois suspecte. Une inquiétude peut également
se situer sur la crainte que le bénévole dépasse son rôle et prenne la place de…
Dans une
structure la difficulté pour les professionnels est parfois de se sentir dépossédé
de l'écoute à cause de leur charge de travail. Cette frustration peut se développer
dans une structure où le bénévole est sans doute plus disponible. Comme si
l'action de l'un était forcément au détriment de l'autre. Cette concurrence
peut encore s'entendre lorsque certains bénévoles débordent de leur fonction
pour revendiquer leur place au sein de l'équipe soignante. Mais la rivalité
peut également se jouer sous une configuration inverse, à savoir sous la forme
d'une décharge sur l'autre: on en appelle à l'autre pour venir écouter ce qu'on
n'est pas capable d'entendre, ce qui nous encombre… Pourtant il semble que
l'écoute n'appartient à personne et que l'on soit bénévole ou professionnel on
peut écouter les mêmes choses. C'est sans doute de là que naît la confusion.
Pour
autant si nous écoutons tous les mêmes choses nous les entendons différemment.
La question du rôle et de la fonction de celui qui écoute, et par conséquent,
la question du cadre de la rencontre est tout à fait essentielle pour aborder
cette réflexion. Car en fin de compte, nous écoutons avec une oreille différente
qui est liée à notre place. Il ne s'agit donc pas de la même écoute.
Les
bénévoles ne sont pas des professionnels et le temps dont ils disposent n'a donc
rien à voir avec le temps des professionnels. Le bénévole dans sa fonction de
lien social ne vient pas pour écouter le malade mais pour le rencontrer et
soutenir le lien social. L'objectif de la rencontre est du côté du partage.
C'est partager la pâtisserie dont l'autre raffole, c'est pouvoir lire un livre
si l'autre ne peut pas le faire, c'est faire une sortie dans un parc… Or le bénévole
ne se situe pas exclusivement dans "le faire": Il y a du sens pour le
patient à parler à quelqu'un d'extérieur aux proches sans pour autant se
tourner vers un travail psychiatrique.
Respecter
le rôle si important du bénévole, c'est également ne pas l'appeler, ne pas
l'inviter à occuper une autre place. Un autre risque de l'intégration peut être
la maladresse d'un bénévole que le professionnel doit apprendre à gérer et
encadrer dans son rapport aux résidents. Cette maladresse peut être liée à la
méconnaissance du bénévole. A la méconnaissance des pathologies diverses, de la
manière dont elles s'expriment et des façons de les gérer. Le bénévole peut
alors faire courir des risques aux résidents et aux soignants.
Cette
écoute différente leur permet également de connaître des facettes, des émotions
de résidents que le soignant pourra ne pas connaître. Le bénévole doit donc
pouvoir transmettre les informations au professionnel, il doit partager la parole
du résident tout en respectant le résident, son intimité. Le bénévole peut donc,
parfois, être un passeur d'information, un relais nécessaire pour une appréhension
globale du résident. Cette transmission, ce travail en équipe au sein d'une
même structure doit dont être appréhender en amont au sein de l'association.
Quels sont les outils mis en place pour assurer ce passage d'information ?
Enfin la
multitude de bénévoles, ainsi que les activités qu'ils proposent, peuvent
apparaître comme un atout (richesse pour la structure accueillante) mais
également être facteur de complexité (qui fait quoi). Le soignant se trouve
donc dans une situation où il se demande si le bénévole pourrait le remplacer.
Une question sur la nature du bénévole se pose aux professionnels: est-ce que
le bénévole peut être soignant, ex-soignant voir même soigné ? De même, la
question se trouve parfois posée de l'utilité d'un bénévole: est-ce qu'il ne
comble pas des besoins de professionnels que la structure ne peut pas résoudre.
En effet le bénévole ne compense-t-il pas les émotions qu'une structure ne peut
apporter au résident?
