Ressources humaines en crise
Ressources
humaines en crise
L'impact du sida sur les économies est d'abord un
impact sur les hommes.
En redonnant
chair aux études sur le sida, c'est-à-dire en faisant un focus sur la
population active plutôt que sur les froides séries de chiffres du PIB, le
bureau international du travail (BIT), dans son dernier rapport (VIH/sida et
travail, 2006), a mis l'accent sur une réalité essentielle. Si les économies
des pays sont fragilisées par la pandémie du VIH/sida, c'est d'abord parce que
ce sont les femmes et les hommes dans leur pleine activité, entre 15 et 49 ans,
qui sont les plus touchés. Dès lors, les forces vives des pays sont menacées
dans leur existence mais aussi dans leur possibilité de protéger leurs enfants
et de transmettre aux futures générations leurs propres valeurs, croyances,
savoirs et savoir-faire. Ce qui mine le processus de construction du « capital
humain », observe l'organisation internationale.
Or une fois
de plus, la pathologie touche les plus fragiles. Notamment les pays d'Afrique
subsaharienne à faible revenu ou dont le taux de morbidité imputable au
VIH/sida est élevé. Le sida s'attaque en priorité au soubassement économique de
chaque société : le ménage, autrement dit la plus petite unité de production.
Avec la maladie, commence la spirale descendante : perte d'emploi, frais
médicaux qui absorbent le budget familial, sous-alimentation, déscolarisation
des enfants, perte du logement… Les femmes continuent d'assumer la charge la
plus lourde, mais sans disposer des droits (héritage, pouvoir de chef de
famille) qui leur permettraient de vivre et de soutenir leur famille dans des
conditions décentes après le décès de leur mari.
Parallèlement,
le virus se faufile dans tous les domaines de la vie publique et privée, d'où
l'importance de raisonner en termes de « ressources humaines » sur le « lieu de
travail ». Le principe de sécurité alimentaire se trouve menacé par la
diminution du nombre des petits exploitants agricoles et des surfaces
cultivées. Les infrastructures sanitaires et éducatives sont encore affaiblies
par une pénurie accrue de leurs agents de terrain et administratifs. Cette
crise des ressources humaines atteint aussi le vaste monde des entreprises. Les
plus importantes d'entre elles, qui ont un peu plus les moyens de réagir, ont
fini par comprendre la gravité de la situation. Coalisées pour mieux lutter
contre la pandémie, elles pallient par des systèmes de santé et d'assurance
privés l'absence de réponse adaptée du secteur public. Dessiné ainsi, le
tableau est noir, certes. Car le sida conduit toujours à pointer du doigt les
problèmes sociopolitiques les plus profonds. Mais il permet de comprendre la
situation et de mettre l'accent sur ce que défend âprement le BIT : l'urgence
d'« une expansion rapide de l'accès au traitement pour les millions de
travailleurs séropositifs ».
Article disponible à l’adresse suivante :
http://www.arcat-sante.org/JDS/article/737/Ressources_humaines_en_crise
Cet article est paru dans le Journal du sida n°196
(n°196 - Mai 2007)
