Femme à tout faire, sans spécialité
Femme à tout faire, sans spécialité
: Défis RH et opportunités dans les organismes communautaires en milieu rural
Anita Hayes est la directrice générale de
l'organisation Foundation
for Rural Living, un organisme de charité enregistré, travaillent avec les bénévoles et le
personnel des organisations bénévoles et communautaires en milieu rural afin de
les aider à développer les ressources humaines et financières dont ils ont
besoin pour soutenir leurs programmes communautaires très utiles.
Au Canada,
les organisations bénévoles et communautaires en milieu rural sont des points
d’ancrage autour desquels fleurissent les collectivités. Ce sont des
partenaires communautaires qui contribuent avec les secteurs privé et public à
assurer aux citoyens une excellente qualité de vie.
On me demande souvent de définir le terme « rural » et j’en suis venue à
considérer qu’il s’agit davantage d’un contexte que d’une cause. Le milieu
rural est riche sur le plan de la diversité et complexe quant à sa composition.
Et pourtant, malgré certaines caractéristiques uniques, les organisations
communautaires en milieu rural ont aussi plusieurs points communs avec les
petites organisations en milieu urbain.
Un des grands avantages du travail au sein d’une organisation communautaire en
milieu rural, c’est qu’on a la possibilité d’assumer une variété de tâches. Le
travail dans un environnement aussi diversifié favorise l’apprentissage et le
développement de différentes compétences, ce qui rehausse la valeur que
prennent les personnes pour leur organisation. Mais le fait d’avoir des
responsabilités dans toute une gamme de domaines signifie aussi qu’on n’a pas
l’occasion de gagner une expertise en certaines compétences ou connaissances.
Nos employés doivent souvent faire office d’homme ou de femme à tout faire, ce
qui peut engendrer inefficacité, roulement du personnel ou épuisement
professionnel.
Le fait qu’il n’y a pas suffisamment de travailleurs qualifiés dans les collectivités
rurales n’est pas le principal défi RH que doivent relever les organisations
rurales : le défi relève davantage de leur taille et de l’échelle à laquelle
elles opèrent. Les budgets plus restreints et le financement en fonction des
projets ne permettent tout simplement pas de maintenir un effectif important de
personnes clés pour le leadership stratégique, les finances, les
communications, le développement des ressources et la prestation des
programmes. Beaucoup d’organisations rurales sont entièrement dirigées par des
bénévoles ou n’ont que quelques employés rémunérés.
Selon certains, on pourrait pallier au manque de personnel en comblant le
besoin de ressources humaines par le recours à un contingent de bénévoles. Nous
savons qu’en milieu rural les bénévoles (si généreux soient-ils) vieillissent,
qu’ils sont moins nombreux, et que ce sont les mêmes bénévoles qui œuvrent au
sein de plusieurs organisations. On espère que les baby-boomers, qui prennent
leur retraite tôt pour revenir à leurs racines rurales, formeront un bassin de
bénévoles qualifiés, prêts à apporter leur contribution. De toute façon, il
faut des ressources pour gérer des bénévoles et parfois, à court terme,
davantage de ressources que si le personnel faisait lui-même le travail. Les
employés rémunérés sont souvent obligés d’agir à titre de bénévoles au sein de
leur propre organisation.
Une autre approche — qui gagne actuellement en popularité — consiste à partager
les ressources humaines ou à fusionner de plus petites organisations. Ces
formules peuvent être couronnées de succès pour les petites organisations qui
s’autosuffisent déjà, du moins dans une certaine mesure. Toutefois, lorsqu’on y
a recours pour résoudre des problèmes liés à la durabilité et à la capacité
financières, le partage des ressources humaines peut souvent engendrer de plus
grandes difficultés en ce qui a trait aux ressources humaines, tandis que les
fusions peuvent rendre encore plus précaire la situation des organisations.
Les bénévoles et le personnel des organisations communautaires en milieu rural
doivent aussi surmonter des obstacles concernant les activités de développement
professionnel et l’accès à des mentors. Le temps et les coûts associés à
l’obligation de parcourir de plus grandes distances freinent souvent la
participation au développement professionnel. L’utilisation de la technologie
et l’apprentissage en ligne constituent une solution mais, encore aujourd’hui,
beaucoup de régions rurales ne disposent pas d’une infrastructure à large
bande. Une alternative serait d’offrir des activités de développement
professionnel dans les collectivités rurales, mais c’est plus coûteux et ce
sont souvent les participants qui doivent supporter les coûts accrus (alors que
ces participants disposent de moins de ressources, bien que leurs besoins
soient plus criants). L’apprentissage avec des pairs est une alternative qui
devient de plus en plus populaire, mais il peut être plus difficile d’avoir
accès aux réseaux de mentors en vue de soutenir le personnel et les bénévoles
qui travaillent souvent seuls. Et il peut être risqué, tant pour les personnes
que pour leur organisation, de partager les problèmes auxquels elles font face,
surtout que ces pairs travaillent probablement pour des organisations qu’on
désire peut-être avoir comme partenaires ou qui pourraient constituer des
employeurs potentiels.
Les hauts et les bas de la gestion des ressources humaines, alors qu’une
organisation se développe grâce à un nouveau financement pour ensuite régresser
lorsque se termine ce financement, est un défi fondamental pour les dirigeants
des organisations communautaires en milieu rural. On pourrait penser que la
solution est simple : maintenir les postes et couper les heures, ou maintenir
les heures et couper dans les postes… mais il s’agit de deux solutions
financières, non de solutions relevant des ressources humaines.
Comment pouvons-nous soutenir le développement des ressources humaines dans les
organisations communautaires en milieu rural ?
S’il existait une solution simple, nous aurions déjà réglé ces problèmes. Mais
proposons un certain nombre de possibilités qu’on pourrait appliquer
conjointement afin de régler ce problème complexe.
-
Aider les
organisations rurales à mettre en application les pratiques exemplaires en
matière de ressources humaines, notamment afin qu’elles puissent constituer un
ensemble plus complexe de personnel à temps plein et à temps partiel, de
personnel engagé pour des projets, de consultants contractuels à long et à court
terme, et de spécialistes bénévoles.
-
Exercer une
influence sur les politiques relatives au financement afin qu’on reconnaisse
que, pour que les programmes soient fructueux, il faut investir dans les
structures organisationnelles fondamentales et non simplement ajouter des
activités aux programmes.
-
Constituer
un conseil bénévole de spécialistes auxquels peuvent recourir les organisations
rurales pour des activités de développement professionnel et de
perfectionnement des compétences, et pour des services de coaching et de
mentorat.
-
Investir
dans la formation des bénévoles et du personnel afin de renforcer leur capacité
de trouver des ressources et de créer des partenariats.
Si toutes les organisations rurales pouvaient disposer d’un investissement supplémentaire,
même minime, pour renforcer les capacités de leurs ressources humaines, imaginez
toutes les possibilités...
-
Avec qui
l’organisation pourrait-elle conclure un partenariat ?
-
Avec qui
pourrait-elle partager son expertise ?
-
Combien plus
de philanthropes découvriraient des organisations qui partagent leurs valeurs,
leurs espoirs et leurs rêves ?
-
Combien plus
de bénévoles découvriraient des occasions gratifiantes d’apporter leur contribution
à leur collectivité ?
